2 novembre 2007

César Birotteau


C'est bien là le propre de Balzac. Son oeuvre si exceptionnelle semble inépuisable, et les titres défilent. Toujours, inévitablement, il est un roman que l'on oublie, que l'on découvre. Assurément, César Birotteau est de ceux-là. Et s'il ne bénéficie certainement pas de la notoriété aujourd'hui indiscutée des Père Goriot, Colonel Chabert et autre Peau de Chagrin, en dehors du cercle restreint des juristes, ravis de trouver en son sein d'amples développements littéraires à propos du système des faillites, sans doute ne faut-il pas y voir la marque d'une quelconque infériorité. Loin s'en faut. Et pour cause, César Birotteau compte parmi l'un des chefs d'oeuvres balzacien.

On se prend d'une certaine empathie pour César, ce commerçant si bonhomme de la rue Saint-Honoré. Parfumeur de son état, c'est à la Reine des roses qu'il officie. Sous l'oeil bienveillant de son épouse Constance et de sa fille Césarine, il élabore diverses essences aux noms évocateurs, cédant à l'orientalisme ambiant, à l'instar de cette Pâte des Sultanes qui contribua a asseoir son aisance financière. Mais l'heureux parfumeur vient de recevoir la légion d'honneur, certainement, se plaît il à répéter, en raison du fait qu'il siégeait au tribunal consulaire et combattait pour les Bourbons sur les marches de Saint Roch, au 13 vendémiaire, où il fut blessé par Napoléon. Grisé par cet honneur, auréolé du prestige qu'il retirait de sa récente nomination ès qualité d'adjoint au maire du IIe arrondissement de Paris, César en veut plus. Et c'est ainsi qu'il s'embourbe dans une sombre affaire de spéculation foncière afférente à des terrains sis aux alentours de la Madeleine. La difficulté provient du fait que le parfumeur, sûr de sa bonne fortune, y mit l'essentiel de ses économies, et qu'en coulisses, oeuvrait sournoisement Du Tillet, un ancien commis de Birotteau devenu banquier véreux. Et celui-ci voue une haine féroce à son patron de l'époque, concrétisant ainsi son ressentiment au travers d'une manipulation. C'est la chute du commerçant qu'il veut. Rien de moins. Et naturellement, dans ce piège infâme, César s'y jettera à bras ouverts. Aux heures de gloire suivent les temps de malheur, tragiquement couronnés par une faillite retentissante. Grandeur et décadence. Mais bien sûr, c'est sans compter la soif inébranlable d'honneur du parfumeur. Et son entourage, particulièrement aidant.

Classiquement modelé sur le moule balzacien, celui de l'étude quasi entomologique d'un microcosme déterminé, César Birotteau nous révèle avec brio le monde des commerçants parisiens de la Restauration. C'est là l'occasion d'un portrait acerbe de cette classe de la population, une immersion fort réaliste. Balzac est toujours riche d'enseignements et César Birotteau ne faillit pas à cette règle. Que dire de ce magistral exposé des dernières pages consacré à la législation française de l'époque sur les faillites? Que dire de ces éclairantes réflexions sur la justice consulaire, si ce n'est qu'elles sont d'une criante actualité? Et pourtant, au delà de ces aspects scientifiques, il s'agit bien d'un roman, un vrai, où les tribulations de l'infortuné parfumeur passionnent. Doté d'un optimisme remarquable, César Birotteau mérite certainement plus qu'une simple révérence juridique. A n'en pas douter, une oeuvre majeure du corpus balzacien.


Honoré de BALZAC, César Birotteau, Gallimard, coll. "Folio Classique", rééd. 2005, 401 pages, 6,60 €

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